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Migrants saisonniers confinés à Seno

Le 8 mai 2020, des membres de la Commission nationale des droits humains (CNDH) et de l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC) ont visité le site humanitaire de Seno, où sont confinés plus d’un millier de migrants saisonniers rapatriés du Burkina Faso, à la suite des violences d’avril dernier entre nigériens et burkinabés. La mission a été conduite par le Pr Khalid Ikhiri, président de la CNDH.
Aménagé depuis quelques années sur une vaste étendue de sable pour reloger provisoirement les victimes des inondations de la rive droite du fleuve, le site de Seno, accueille aujourd’hui, environ 1400 migrants saisonniers rapatriés par un convoi de 40 bus venus du Burkina Faso.

Dans ce camp situé à la périphérie de Niamey, ils vivent « entassés » dans 550 abris précaires installés avec l’appui de l’OIM. En majorité, ce sont des bras valides partis chercher fortune dans les mines d’or artisanales dont regorge en abondance le « pays des hommes intègres ». On dénombre également des femmes et des enfants avec des parcours migratoires variés. Le plus grand nombre de femmes est formé des peuls woodabés. Elles ont quitté Abidjan peu de temps avant que le gouvernement ivoirien ne décrète l’isolement sanitaire de la capitale économique. Les autresfemmes vivaient avec les orpailleurs au niveau des sites aurifèresdu sud-ouest du Burkina Faso, où la vente de nourriture est leur occupation principale.
La majorité des personnes confinées sur le site a fui les zones aurifères, par crainte de représailles à la suite des violents incidents qui ont éclaté le 5 avril 2020,entre orpailleurs nigériens et burkinabés. Selon le quotidien burkinabé Sidwaya, le bilan des affrontements est de1 mort et 15 blessés dont 5 dans un état critique.
Après l’intervention des autorités burkinabés, le calme serait revenu sur les lieux. Mais, la peur a déjà envahi les cœurs des nigériens qui ont opté pour le sauve-qui-peut pour échapper à la colère des burkinabés plus nombreux et armés de fusils de chasse. Arrivés par petits groupes à Ouagadougou, ils ont été pris en charge par les services consulaires sur instruction du ministre des Affaires Etrangères et des Nigériens à l’Extérieur.Le gouvernement nigérien a promptement réagi à l’appel de détresse lancé par le Haut Conseil des nigériens à l’Extérieur pour voler au secours de tous les compatriotes bloqués à l’étranger dans ce contexte de fermeture de frontières liées à la pandémie du coronavirus. Un acte qui a été salué par les bénéficiaires et l’opinion publique.
C’est ainsi que les nigériens se trouvant au Burkina Faso ont été les premiers à profiter de la protection de l’Etat. Après quelques jours d’attente et de galère à Ouaga, ils ont été ramenés au Niger, à bord d’une quarantaine de bus loués pour la circonstance auprès d’une compagnie nigérienne de transport. C’est l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui  est venue en aide grâce à un fonds de l’Union Européenne (UE) dans le cadre de l’initiative pour la protection et la réintégration des migrants de retour. D’autres acteurs humanitaires apportent leur concours sur ce site géré par le ministère de l’Action Humanitaire, et de la Gestion des Catastrophes.
Dès leur arrivée à Niamey, les autorités régionales ont décidé de les installer sur le site de Séno, en application des mesures sanitaires destinées à isoler toute personne venant de l’étranger, pendant deux semaines, afin de lutter contre la propagation de la COVID-19.

Au regard de la surpopulation dans le site humanitaire, et de l’annonce d’autres retours imminents, des craintes légitimes naissent dans l’opinion publique à propos des conditions d’hébergement des rapatriés et des risques de contamination à grande échelle. En effet, le surpeuplement et la promiscuité des habitations rendent difficiles, voire impossible le respect des mesures sanitaires telles que la distanciation physique et le lavage des mains.
Alertées par cette situation inquiétante, la CNDH et AEC ont décidé de se rendre sur place pour d’une part, évaluer le niveau de respect des droits fondamentaux de ces personnes en mobilité, et d’autre part, recueillir des témoignages sur les incidents survenus sur les mines d’or au Burkina Faso.
Les véhicules de la délégation restreinte-COVID 19 oblige- ont pu accéder au site sans aucune entrave, malgré la présence d’un bataillon de la gendarmerie chargée de la sécurité des lieux. La nouvelle de la présence des visiteurs a fait vite le tour du camp. Pressés d’entendre le message de la délégation, les résidents se sont rués dehors bravant la canicule. Quelques instants après, ils formaient une foule compacte autour du Pr Ikhiri et sa délégation. Ignorant les gestes barrières et de distanciation physique, certains se tenaient par les mains. Pire, l’obligation de porter le masque n’est pas respectée. C’est dire que malgré toute la campagne de sensibilisation, les rapatriés ne semblent pas avoir connaissance des attitudes adéquates visant à se prémunir contre la contamination du virus.
Face à ces comportements insouciants, le président de la CNDH a demandé à son staff de rappeler la panoplie des mesures sanitaires édictées par le gouvernement pour faire face à la propagation de la pandémie du coronavirus. Aussitôt dit, aussitôt fait. Comme souhaité par le chef de la délégation, l’agenda de travail a démarré avec unesensibilisation sur la COVID-19. MM. Alichina Amadou et Brah Mamadou Ali, respectivement secrétaire général et Commissaire aux droits humains de l’institution, ont prodigué des conseils auxrapatriés qui, visiblement,sont plus stressés par la pauvreté que la COVID-19. Après la séquence de sensibilisation, les membres de la délégation ont écoutéles témoignages et doléances des migrants saisonniers. En prenant la parole,les délégués des orpailleurs ont tenu à remercier les autorités de l’assistance au rapatriement et de l’élan de solidarité dont ils sont l’objet sur le site.
« Nous n’avons pas de problèmes de subsistance. On nous offre les trois repas quotidiens.Le diner est servi un peu plus tôt compte tenu du ramadan. Dans notre situation, nous ne sommes pas tenus d’observer le jeûne. Mais, celui qui veut faire le ‘’Sahour’’ se débrouille pour conserver un peu de repas» a déclaré l’un d’entre eux.
Sous les regards approbateurs des autres, les intervenants ont mis l’accent sur les circonstances dans lesquelles les incidents sont survenus sur le site aurifère, la fuite vers Ouagadougou, l’espoir d’une aide au retour dans les villages de départ.
« Tous nos biens ont été incendiés ou abandonnés lors de la fuite vers Ouaga » a déclaré le visage serré l’un des délégués. « Ils nous ont encerclé et mis le feu à nos habitations. Nous n’avons rien pu emporter. Nous avons marché environ 50 km à pied pour échapper à la mort» a renchéri un autre.
Les burkinabés ont fait usage aussi d’armes à feu. Dans cette région peuplée majoritairement de chasseurs dogons, la majorité des burkinabés sont munis de fusils qu’ils n’hésitent pas à utiliser lors des conflits intercommunautaires.
Se sentant pris au piège de l’état d’urgence sanitaire, les rapatriés ont lancé un appel de détresse aux plus hautes autorités politiques pour la réouverture des sites miniers. Pour rappel, en 2017, le gouvernement nigérien a ordonné  la fermeture des sites artisanaux d’or dans la zone du Djado et le département de Say pour des raisons de sécurité et de réglementation. Cette décision a jeté des milliers d’orpailleurs sur les routes de la migration.
« Ces événements malheureux ne seraient pas arrivés, si nous avons eu la possibilité de rester chez nous pour travailler dans les mines d’or de Tamou ou du nord d’Agadez.Nous demandons aux autorités d’ouvrir les sites miniers pour nous donner l’opportunité de gagner notre vie à la maison ». Ces paroles sonnent comme un leitmotiv dans les bouches des tous ceux qui ont pu s’exprimer publiquement.
« Avant d’arriver ici, j’étais à Abidjan. Avec l’apparition du coronavirus, les ivoiriens ont commencé à nous indexer comme des vecteurs du virus, à nous dire des paroles blessantes. C’est vraiment la pauvreté qui nous pousse à sortir du pays pour subir toutes sortes de stigmatisations et d’humiliations à l’étranger. Nous sommes fatiguées d’être stigmatisées, mais nous n’avons pas d’autre choix que de « se chercher » dans les pays voisins. A la fin du confinement, nous voulons que les autorités nous donnent une aide économique qui nous permettra de rentrer sereinement chez nous » a affirmé une vieille femme Woodabé originaire de Bermo dans la région de Maradi.
Les mandataires ont expliqué que les orpailleurs sont revenus plus vulnérables qu’ils ne l’étaient au départ. « Je suis parti avec assez d’argent pour démarrer un business d’exploitation sur le site aurifère. Une partie de la somme provient d’un emprunt. Aujourd’hui, je suis revenu les mains vides.C’est un problème sérieux. Le gouvernement doit songer à nous apporter un appui pour qu’on lance nos propres activités. Si l’Etat nous aide, nous pouvons contribuer à la mise en œuvre du programme de la renaissance comme l’initiative 3N» a expliqué un quinquagénaire dont l’accent trahit mal la provenance.
L’anxiété et la hâte de sortir du confinement se lisait sur tous les visages. Certains ont montré des blessures à l’arme blanche non encore cicatrisées.  Ces tristes événements vécus par les orpailleurs nigériens dans un pays voisin reposent de manière dramatique le problème du non-respect de la Convention internationale des travailleurs migrants et des membres de leurs familles. Ils jettent également une lumière sur les difficultés d’intégration des migrants économiques dans les pays d’accueil au sein de l’espace CEDEAO.
En raison de la COVID 19, ces rapatriés font l’objet d’une attention particulière. Dès le lendemain de leur retour, ils ont reçu la visite du Premier ministre Brigi Rafini accompagné des membres des départements ministériels concernés et des acteurs humanitaires. Lors de ce déplacement, M. Brigi Rafinia remercié l’OIM pour son assistance à travers la location des bus et la fourniture des kits alimentaires et non alimentaires. Les bénéficiaires n’ont exprimé aucune plainte relativement à la qualité de la nourriture servie. Le petit véhicule qui transportait le dîner est arrivé au moment où la délégation quittait le site. Chaque distribution de repas est un challenge à relever par les membres de l’équipe chargée de la restauration. Épaulés par les gendarmes, ils doivent assurer le service  sans heurts, en veillant à ce que personne ne dorme le ventre vide.
On espère que l’élan de solidarité dont bénéficient ces rapatriés ne s’estompe pas.  Des centaines de migrants saisonniers coincés au Burkina Faso et au Mali ont besoin aussi d’une aide d’urgence.
                                                                                H.B. Tcherno

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