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Observations et propositions préliminaires concernant le processus du dialogue global

Contexte

 Lors de nos réunions élargies précédentes, la volonté exprimée par la majorité a été très positive à l'égard de notre initiative. Il y a nécessité de ressusciter un dialogue mondial et international, tout en donnant aux mouvements populaires les moyens de réfléchir et d'agir face à cette crise actuelle et inattendue. Cette volonté a été dominante, malgré les difficultés et défis que beaucoup d'entre nous ont soulignés dans la discussion.

 

Par conséquent, nous commençons nos observations en exprimant notre espoir et notre confiance que ce processus puisse aider les mouvements sociaux à imaginer comment faire face à la crise actuelle. Nous entamons ce travail avec une bonne "base" : depuis des années, nous travaillons régulièrement avec les mouvements sociaux, inspirés par l'idée que le processus doit être mené "d'en bas", qu’on ne peut remplacer les mouvements populaires autonomes et autogérés.

 

Mais aujourd'hui, nous sommes très conscients de nos limites. Si l'analyse de la crise est notre point fort, le développement d'alternatives orientées vers l'avenir reste un défi (pas seulement pour nous). La complexité de la crise (« the perfect storm » en anglais) est décourageante, qui rend naïve et irresponsable toute forme de solution à l’emporte-pièce proposée par des "experts" et/ou des "élites" politiques.

 Nous avons débuté nos dialogues en mars dernier à l'initiative des camarades latino-américains, extrêmement conscients du drame politique qui se jouait dans leur région (où le virage à droite a commencé avant même la crise actuelle). Nous avons échangé avec des amis et collègues du monde entier et nous avons pris la bonne décision consistant à intervenir via les espaces virtuels disponibles.

 La conception des webinaires a été quasiment spontanée et menée de manière décentralisée avec un minimum de coordination et de projections à long terme. Nous avons engagé des contacts, parlé à beaucoup de gens et validé l'idée qu'il existait un espoir réel et partagé de reconstituer un dialogue international. Nous avons maintenant avec un large éventail de groupes et de réseaux volontaires et désireux de participer, ce qui est très positif.

 Entre-temps, plusieurs changements sont intervenus :

  • Plus qu'au début de la crise, la "tempête parfaite" (the « perfect storm ») semble se "stabiliser", si l'on peut dire, comme un processus à long terme.
  • Le "retour à la normale" se profile comme un tournant vers l'austérité et l'autoritarisme. Les mouvements populaires et la gauche en général ont peu d'autres choix que de résister et de promouvoir des alternatives.
  • Les leçons positives apportées par la pandémie à l'humanité, qui pourraient servir de base à une refonte générale des économies, des sociétés et des cultures, risquent d'être gaspillées et oubliées sous peu.
  • L'urgence à ne pas perdre l'"élan" est plus grande que dans les premières semaines du confinement : la situation évolue rapidement et le rapport de forces ne va pas dans notre sens.

 

Dans le même temps :

 

  • De nombreux autres groupes ont lancé leurs propres processus, qui se sont traduits en une myriade de webinaires et de discussions en ligne. C'est très positif. Cependant :
    • Il y a beaucoup de doublons d’activités.
    • Il y a beaucoup d'événements animés par des experts et dominés par des analyses de la crise, laissant peu de place à une discussion sur les alternatives.
    • Certains acteurs sont beaucoup mieux financés et disposent d'une meilleure infrastructure technique que d'autres. 

 C'est ce qui explique, en partie, la portée limitée de nos initiatives jusqu'à présent. Nous nous sommes focalisés sur l'approche « expert » et avons manqué de ressources et de la planification nécessaires pour une « concurrence » réussie. Bien que nous ayons déclaré et réaffirmé notre intention de nous focaliser sur des alternatives et de faire toute leur place aux mouvements et aux luttes, cela n'a pas été jusqu'à présent l'objectif principal de nos webinaires.

 

 Le risque de dissiper les attentes créées par la proposition du Dialogue global

 

Nous avons choisi de lancer et de présenter le Dialogue global de manière très prudente, voire timide, afin de ne pas être perçus comme un "concurrent" ou comme une proposition trop ambitieuse. Néanmoins, d'après le brainstorming stratégique de samedi dernier, de même que selon d’autres réunions régionales et nationales liées au processus, une attente semble être commune à beaucoup : l'espoir que le Dialogue global puisse être un outil puissant et efficace permettant de reconnecter les différents continents et régions ainsi que les différents mouvements, tant les anciennes que les nouvelles générations, les mouvements de solidarité nés de la crise, les mouvements auto-organisés qui défendent les acteurs sociaux touchés par la crise, afin d'être plus forts et influents dans la crise mondiale et de produire un récit commun, un nouveau sens commun et une plateforme partagée. Les acteurs sociaux organisés et les activistes qui ont rejoint ce processus espèrent y trouver une proposition forte capable de répondre à ce besoin. Si le processus n'est pas en mesure de fournir une réponse crédible, le risque de dissiper rapidement cette attente pourrait être élevé. Nous pensons qu'il ne faut pas gâcher cette opportunité.

 Le principal défi de la crise actuelle est lié à la possibilité de confronter/altérer le sens commun que le néolibéralisme a réussi à imposer dans la plus grande partie du monde. La pandémie a tiré le rideau sur certaines des caractéristiques fondamentales de la société capitaliste actuelle, notamment sur les profondes inégalités et les priorités accordées au profit privé sur toute autre chose, y compris sur la vie. Des idées telles que le besoin de systèmes de santé publique universels et d'un revenu de base garanti ne sont plus considérées comme des notions subversives.

 C’est ce qui provoque potentiellement des fissures dans l'hégémonie du bon sens néolibéral et ouvre de nouveaux territoires pour les luttes en faveur d’un nouveau bon sens assis sur les notions d'égalité, de bien commun, de durabilité et de démocratie. Ainsi, dans le contexte actuel, où une menace évidente existe que la crise soit utilisée par ceux qui contrôlent le pouvoir économique et politique pour accroître leur contrôle et limiter la démocratie et les droits, il est non seulement nécessaire de s'organiser pour faire face à ces tendances autoritaires, mais aussi de se battre sur les idées.

  Alors, que faire ?

 Si notre sentiment est juste, nous devrions essayer d'améliorer notre stratégie afin de trouver un moyen plus efficace de mettre en œuvre notre proposition initiale. C’est-à-dire nous engager ensemble à donner du pouvoir à la base via un travail politico-intellectuel solide et critique et un processus de connexion qui doit se faire du bas vers le haut. Il ne s'agit pas tant de produire des analyses brillantes que d’inciter les mouvements sociaux à produire leurs propres idées transformatrices. C'est ce que nous entendons par "autonomisation".

 

À travers ce processus, il doit être possible d'utiliser toutes nos constructions politiques et culturelles, ainsi que toutes nos pratiques, pour construire un nouveau sens commun en relation avec les impacts de la crise et pour mieux défier l'hégémonie de la civilisation néolibérale dominante, en utilisant toutes les failles possibles que produit la pandémie dans le récit des pouvoirs. L'objectif est de nous fournir un récit actualisé et orienté vers l'action. Le reste, aussi important soit-il, n’est qu’instrument.

 

Webinaires

 Nous pouvons continuer, surtout si nous pouvons nous concentrer sur des stratégies et des tactiques alternatives. Ce qui a été fait jusqu'à présent a surtout consisté à analyser la crise. Les alternatives, elles viennent d'en bas, c’est-à-dire des réseaux de solidarité au niveau local et même de la rue ; des travailleurs qui refusent les conditions absurdes dans lesquelles ils sont obligés de travailler et des méthodes audacieuses de prise en charge des lieux de travail ; des nouvelles résistances et pratiques dans la crise.

 Nous proposons donc de modifier nos plans pour aborder ces questions qui auraient en plus l’intérêt d'être innovantes dans la crise actuelle. Et nous pouvons utiliser les webinaires comme un outil pour créer des contacts et un dialogue entre différents types d'activisme (ancienne et nouvelle générations, intellectuels et groupes de base, différentes thématiques).

 

Notre objectif n'est pas seulement d’alimenter la réflexion, mais de créer un espace de connexion, de coopération et d'actions communes dans le monde entier. Nous ne poursuivons pas une approche VIP ou académique. Techniquement parlant, nous proposons de constituer un petit groupe de travail pour en superviser la conception et la mise en œuvre au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

 Construire des assemblées populaires

 Ces assemblées ont été expérimentée ailleurs, principalement au niveau national. Nous avons besoin de rassembler de nombreuses personnes issues des mouvements populaires et de discuter, et non pas seulement d’écouter les analyses des experts. Nous sommes d'accord avec la proposition de Pablo Solon, inspirée par des initiatives similaires qui sont en cours ailleurs. Ces assemblées n'ont pas besoin d’être "symétriques" avec le même schéma. Certaines d'entre elles peuvent être nationales ou régionales (continentales ou sous-continentales). Certaines peuvent être thématiques, c’est-à-dire porter sur des questions et des secteurs différents. D'autres peuvent être transversales, en se focalisant sur l'idée magique de l’intersectionnalité. Les assemblées ne doivent pas être dirigées par un seul mais par plusieurs groupes exprimant des sensibilités politiques et intellectuelles différentes (genre, génération, dimensions culturelles). Pour imaginer un processus de cette nature, nous pouvons mandater un autre groupe de travail qui consulte, scanne, écoute et identifie quelles sont les possibilités, en théorie et en pratique, de coordonner (et non de centraliser) un processus d'assemblées où l'accent devrait décidément être mis sur des stratégies alternatives et des utopies orientées vers l'action. Il doit être possible d'utiliser des outils numériques pour avoir une traduction, si nécessaire en différentes langues, de ces assemblées ainsi que des groupes de travail plus réduits.

 Les résultats des assemblées (élaboration, récit, propositions) seront collectés et élaborés, pour alimenter par le bas le résultat du processus. Nous devons relever le défi de créer une sorte de processus de pollinisation croisée dans lequel les idées, les propositions et les suggestions d'une assemblée peuvent enrichir d'autres assemblées. Les conclusions et les propositions issues de chaque webinaire ou assemblée pourraient être éditées sur notre page web afin d'être reprises à volonté dans d'autres activités. Nous pourrions avoir une "conversation" hebdomadaire, ouverte à tous ceux qui le souhaitent (invitation ouverte à notre réseau mondial), de mise en commun des interventions sur les cadres politiques/théoriques concernant l’après-pandémie et des rapports des assemblées/webinaires/réunions dans le but de constituer un acquis d'apports, de réflexions et de propositions...

 

En même temps, nous savons que notre initiative et nos webinaires existent à côté de dizaines d'autres initiatives et activités qui, qu'elles participent ou non à notre processus, partagent nos intentions. Permettre une visibilité mutuelle de ce que ce "réseau" fait et développe est une base importante pour passer à un niveau plus ambitieux d'initiatives communes.

 

Vers un grand dialogue mondial

 

À la fin de l'année, nous pourrions imaginer un événement mondial qui permette de rassembler des milliers de personnes autour d'un programme détaillé de stratégies de transformation. Contrairement aux expériences passées, il ne s'agirait pas d'un simple programme "ouvert". Il y aurait un objectif, une méthodologie et un ensemble de résultats attendus. Ce ne sera pas seulement un événement, mais le moment où l'accumulation des des propositions et des récits produits par le processus de dialogue global convergera et sera présenté.

 

Il n'a pas à entrer en concurrence avec d'autres projets internationaux (il y en a beaucoup), qui se forment dans la tradition du FSM ou via des réseaux politiques et sectoriels organisés. Pour beaucoup d'entre eux il pourrait apparaître comme complémentaire, comme un espace où leurs propres agendas et propositions peuvent se rencontrer et converger, au moins partiellement, avec d'autres. Il est encore trop tôt pour visualiser un tel événement, les consultations en assemblées populaires devant aider à cette conception. Le grand dialogue global devrait être présenté dès que possible, afin de donner un objectif et un sens à l'ensemble du processus à tous les niveaux (mondial, régional, national et local) dans les semaines et mois à venir.

 

Travailler autrement

 

Si nous envisageons d'adopter ce plan ambitieux, nous devrons élargir la participation et travailler collectivement selon un planning avancé et décentralisé. Il nous faut aussi un secrétariat restreint mais efficace qui aidera à concrétiser chacune de ces initiatives. Celui-ci aura besoin d'un personnel à plein temps mais limité, non comme un substitut, mais comme une base de soutien pour beaucoup d'entre nous qui travaillent à plein temps dans tant d’autres engagements professionnels et politiques. Ce qui suppose un budget et des ressources qu'il ne devrait pas être très difficile d'obtenir auprès de fondations et d'ONG progressistes.

 

Groupe de facilitation, 14 mai 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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