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12 MILLIONS D’HECTARES DE FORÊTS TROPICALES DÉTRUITES EN 2018

En 2018, le monde a perdu 12 millions d’hectares de forêts tropicales, soit la superficie du Nicaragua, révèle mardi le World ressources institute (WRI), dont 3,64 millions de forêts tropicales primaires essentielles pour le climat et la biodiversité.

Selon ce rapport annuel mené par Global Forest Watch, 2018 se classe comme la quatrième plus mauvaise année en terme de déforestation de la forêt tropicale, après 2016, 2017 et 2014.

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CHARTE DU FAME - FORUM ALTERNATIF MONDIAL DE L'EAU

  1. Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau est un espace de rencontre ouvert visant à approfondir la réflexion, le débat d’idées démocratique, la formulation de propositions, l’échange en toute liberté d’expériences, et l’articulation en vue d’actions efficaces, d’instances et de mouvements de la société civile qui s’opposent à l’exploitation des ressources en eau dans une logique de profit par les sociétés capitalistes, mais aussi quelquefois publiques, et militent pour une gestion écologique, sociale et citoyenne de ces ressources, leur préservation et leur juste répartition entre les différents usages.
  2. Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau réunit et articule des instances et mouvements de la société civile de tous les pays du monde, mais ne prétend pas représenter tous ceux qui luttent pour la préservation de la ressource en eau et sa gestion écologique et citoyenne.
  3. Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau se situe dans le processus des Forum Sociaux Mondiaux en ce sens qu’il encourage les instances et mouvements qui y participent à agir au niveau local ou national en cherchant à prendre une part active dans les instances internationales, introduisant dans l’agenda mondial les pratiques transformatrices qu’ils expérimentent dans la construction d’un autre monde.
  4. Les alternatives proposées au Forum Alternatif Mondial de l’Eau s’opposent à un processus de mondialisation capitaliste des services de l’Eau et de l’Assainissement, commandé par les grandes entreprises multinationales et les gouvernements et institutions internationales au service de leurs intérêts comme le Forum Mondial de l’Eau. Elles visent à obtenir :
  • La reconnaissance que l’Eau est un bien commun de l’Humanité, vital pour tous les êtres vivants, et pas une marchandise,
  • L’inscription dans les constitutions nationales du droit d’accès pour tous à l’eau potable et à l’assainissement, comme “droit fondamental, essentiel au plein exercice du droit à la vie et de tous les droits de l’homme”, en accord avec la Déclaration de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 29/7/2010,
  • La gestion et la protection publiques et participatives des ressources en eau contre les pollutions agricoles, industrielles et médicamenteuses et la surexploitation,
  • La répartition concertée et démocratique de ces ressources entre les différents usages de l’eau : alimentation des populations, agriculture, industrie, préservation de la biodiversité,
  • La réalisation ou la réhabilitation par la Puissance Publique des infrastructures nécessaires partout, et pas seulement là où c’est rentable, pour des services d’alimentation en eau et d’assainissement performants et démocratiquement gérés, dans le respect des normes de qualité et de protection de l’environnement,
  • La mise en place d’une tarification progressive de l’eau potable domestique, rendant réellement accessible l’usage en pénalisant l’abus, et excluant toute rémunération du capital investi,
  • La promotion des alternatives de techniques écologique de production d’eau et d’assainissement (récupération d’eau de pluie, recyclage des eaux usées, lagunage, récupération de l’humidité dans l’air, de la rosée du matin, pompage manuel, à énergie solaire,…) en privilégiant les solutions non brevetables,
  • L’anticipation des effets du réchauffement climatique : inondations, sécheresse, salinisation de l’eau douce, en développant la résilience des écosystèmes et des sols.
  1. Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau de DAKAR en 2021, comme celui de Marseille en 2012 sera une manifestation située dans le temps et l’espace. Mais, avec la certitude proclamée à Porto Alegre qu’“un autre monde est possible”, le Forum Alternatif Mondial de l’Eau est un processus permanent de recherche et d’élaboration d’alternatives, qui ne se réduit pas aux seules manifestations sur lesquelles il s’appuie.
  2. Aucune organisation participant au Forum Alternatif Mondial de l’Eau ne sera autorisée à exprimer au nom du Forum des positions qui n’auront pas été adoptées par tous les participants. Les instances – ou ensembles d’instances – qui prennent part aux rencontres du Forum pourront délibérer en toute liberté durant celles-ci sur des déclarations et des actions quelles ont décidé de mener, seules ou en coordination avec d’autres participants. Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau s’engage à diffuser largement ces décisions par les moyens à sa portée, sans imposer d’orientations, de hiérarchies, de censures et de restrictions, mais en tant que délibérations des instances – ou ensembles d’instances – qui les auront assumées.
  3. Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau est un espace pluriel et diversifié, non confessionnel, non gouvernemental et non partisan, qui articule de façon décentralisée, en réseau, des instances et mouvements engagés dans des actions concrètes, au niveau local ou international, visant à bâtir des alternatives pour défendre les ressources en eau et leur gestion écologique, publique et participative.
  4. Le Forum Alternatif Mondial de l’Eau sera toujours un espace ouvert au pluralisme et à la diversité des engagements et actions d’instances et de mouvements qui décident d’y prendre part, comme à la pluralité des sexes, ethnies, cultures, générations et capacités physiques, dans la mesure où ils respectent la présente Charte. Ne pourront participer au Forum en tant que tels les états et gouvernements, les organisations militaires, les institutions du gouvernement mondial de l’économie (Fonds Monétaire International, Banque Mondiale, Organisation Mondiale du Commerce, etc.) ainsi que les représentants diplomatiques ou les partis politiques en tant que tels. Pourront y participer, à titre personnel, les membres des gouvernements, des assemblées élues ou des partis politiques en tant que tels qui assument les engagements de la présente Charte.

 

OBJECTIF

L’objet du Forum Alternatif mondial de l’Eau (FAME) est de construire une alternative concrète au  Forum Mondial de l’Eau (FME) organisé par le Conseil Mondial de l’Eau, organe des sociétés transnationales et de la Banque Mondiale qui prétend s’arroger la gouvernance mondiale de l’eau.

Depuis des années l’ensemble des mouvements de la société civile qui militent pour la préservation des ressources en eau et leur gestion citoyenne ont élaboré des plateformes, des propositions et des actions, soit au cours de rencontres spécifiques (Forums alternatifs de Florence en 2003 et de Genève en 2005, Alter Forums de Mexico en 2006 ou d’Istanbul en 2009) soit à l’intérieur des Forums Sociaux Mondiaux comme à Porto Alegre, Caracas, Nairobi ou Belem, qui ont servi de base pour l’émergence d’un mouvement pour la réappropriation de l’eau, bien commun de l’humanité. Ce mouvement mondial multiforme a permis la naissance de réseaux nationaux, comme en Italie, ou continentaux, comme en Afrique, et le recul de la privatisation de l’eau en Amérique Latine, en Afrique, en Europe et tout particulièrement en France, berceau des principales multinationales du secteur, notamment avec le retour de Paris en gestion publique. Ce mouvement a favorisé la reconnaissance de l’accès à l’eau comme l’un des droits humains fondamentaux par l’Assemblée Générale de l’ONU le 28 juillet 2010. Le FAME entend poursuivre et amplifier ce mouvement par :

  • L’élaboration et la promotion d’un discours alternatif majoritaire en faveur d’une gestion écologique et démocratique de l’eau,
  • La poursuite de la recherche de solutions à la crise mondiale de l’eau,
  • La structuration durable du mouvement.

 

                            COMITÉ D’ORGANISATION International

France

Marseille – Coordination Eau Bien Commun PACA

  • Attac (Aix-en-Provence, Arles, Marseille, Aubagne, Gardanne, La Ciotat, Alpes Maritimes, Hautes Alpes, Var Vaucluse)
  • Eau Secours Marseille Métropole
  • SOS Nature Sud Marseille
  • Confédération du logement de la consommation et du cadre de vie (Marseille)
  • Les Amis de la Terre
  • Vive les services publics 13
  • Collectif droits des femmes 13
  • Survie 13
  • CDATM 13
  • CFDT 13
  • CGT 13
  • FSU 13
  • Solidaires 13
  • UNSA 13
  • Confédération syndicale des familles 13
  • MNLE 13 et PACA
  • FASE 13
  • Groupement Régional pour l’Action et l’Information des Femmes
  • Elus-Associations-Usagers (E.A.U)
  • Collectif Eau pays d’Aubagne Etoile
  • Alliance pour la santé
  • A la source Allauch
  • Enfin la gauche à Allauch
  • Collectif Eau Bien Commun La Ciotat
  • La Ciotat pour tous
  • La Ciotat Ecologique
  • Citoyenneté, Ecologie, Solidarité à Simiane
  • Emmaüs Cabriès, Pointe Rouge, Saint Marcel, Arles et Nice
  • Pôle Eau de Salon de Provence et de l’Etang de Berre
  • Vaucluse Environnement Equitable
  • Beausoleil Démocratie
  • Association de Défense de l’Environnement de la Basse Vallée de l’Huveaune
  • Grenelle ciotaden
  • Les ailes de Siligi
  • Collectif Développement et Solidarités
  • Réseau Environnement Santé
  • Appel des appels
  • Artisans du Monde
  • Association Avie Environnement
  • Association Sciences, Technologie, Société
  • CCFD-Terre Solidaire PACA
  • Conseil Citoyen Droit à l'Eau et à l'Assainissement au Sénégal

 

 

POUR UN FORUM ALTERNATIF MONDIAL DE L’EAU À DAKAR EN 2021

 

Création d’espaces de préparation

Le Conseil mondial de l’eau (CME) a annoncé la tenue d’un Forum mondial de l’eau à Dakar en 2021.

Le CME est une association loi de 1901. Il prétend regrouper sur le plan mondial tous les acteurs de l’eau, des institutions internationales, des États, des multinationales aux associations d’usagers, de façon « équilibrée ».

C’est en fait une machine de guerre à ambition totalitaire contre le développement de la gestion politique, publique, et résiliente de l’eau par l’institution de « communs » et la planification démocratique. Le CME prône des concessions diverses, y compris sous forme de délégations de service public, aux transnationales comme Véolia et Suez. Ces formes d’appropriation privée et de marchandisation seraient, dans sa doctrine, le seul moyen efficace pour résoudre la crise mondiale de l’accès à l’eau, sans cesse aggravée par la croissance démographique et par le réchauffement climatique. Les solutions de marché, mises en œuvre depuis plus de trente ans selon ces principes, n’ont pas fait progresser le droit humain effectif à l’accès à l’eau, y compris dans les pays du « Nord ». Malgré tout, les négociations climatiques, de la COP20 de Lima à la COP23 de Bonn, ont promu les investissements privés dans le domaine du grand et du petit cycle de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, en lieu et place de la gestion et des financements publics, réduits à de maigres fonds dont on espère un effet de levier au bénéfice du secteur privé.

Le forum alternatif mondial de l’eau (FAME), tenu à Marseille en 2012 avec succès, a bien défini démocratiquement, sur la base des diagnostics, des revendications et des réalisations des mouvements sociaux, la nécessité de défendre et de promouvoir un forum thématique indépendant des États néolibéraux et des multinationales.

Mais ses participants n’ont pas réussi à se libérer du rythme trisannuel imposé par le CME et de ce face-à-face souvent inégal.

Pour ces raisons, du point de vue global, il nous semble nécessaire de se réunir et d’organiser un FAME massif à Dakar en mars 2021.

Rajendra Singh nous a alerté sur les raisons de l’organisation par le Conseil mondial de l’eau de son forum en Afrique subsaharienne après celui de Brasilia cette année : « Les compagnies mondiales de l’eau comme Veolia utilisent le Conseil mondial de l’eau comme plate-forme pour pénétrer dans les pays pauvres en développement comme le Sénégal où elles ont signé un contrat pour construire une usine de traitement de l’eau à grande échelle en février 2017 juste avant que le Sénégal n’obtienne l’organisation du Forum mondial de l’eau. Simple coïncidence ? » Ainsi, la Société nationale des eaux du Sénégal (SONES) a attribué à Veolia la conception et la construction d’une usine de production et développement. L’AFD[i] se félicitait que cinq bailleurs multilatéraux, dont elle est le chef de file, AFD, BEI[ii] , BID[iii] , BM[iv] et BAD[v], finançaient des opérations profitables « pour les constructeurs de station de traitement d’eau (Suez Environement, Véolia, Saur), les entreprises de fourniture de canalisations (Saint-Gobain PAM), les entreprises de travaux (SADE, Eiffage, Sogea-Satom) et les fabricants de pompes et les équipementiers en électricité. » Elle applaudissait aux « retombées importantes en termes de diplomatie économique ».

Les multinationales de l’eau ont dû abandonner leurs stratégies africaines de la fin du 20e siècle. Elles consistaient à construire et à gérer des entités réunissant la production d’eau et d’électricité. Les conditions de passation conjointe de contrats et de pactes de corruption avec les oligarchies les a mises souvent ensuite en position de boucs émissaires, comme au Gabon. Les taux de profits ont pu s’effondrer du fait de la sous-budgétisation du secteur par les États, ce qui a déclenché parfois des retraits. Car les gouvernements considéraient l’extension anarchique de la démographie des mégapoles comme une menace et l’accès aux droits essentiels était perçu comme une facilitation indésirable.

Les questions de l’assainissement et de l’hygiène seront aussi considérées à présent uniquement du point de vue de la conquête de marchés de travaux, financés ou garantis au niveau souverain.

On voit donc que cette approche restera notoirement insuffisante pour faire progresser les droits humains fondamentaux à l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène hydrique. Une révision bienvenue des critères statistiques du JMP[vi] nous révèle qu’en Afrique subsaharienne seulement près de 24% de consommateurs disposent en permanence d’une eau potable à domicile, 28% de toilettes salubre et que seulement 15% ont la possibilité de se laver les mains.

La croissance démographique, les restrictions et bouleversements liés au changement climatique devancent les progrès constatés en valeur.

Il est donc urgent pour les peuples africains de peser de tout leur poids.

Or cette prise en main rencontre de nombreux obstacles. L’objet de ce texte n’est pas de les étudier spécifiquement et systématiquement.

Si l’on met le focus sur le secteur associatif, et l’institution de « communs », il faut constater qu’il est peu développé et manque de stabilité dans le temps. Car, si la nécessité et la volonté de s’associer dans le domaine de l’accès à l’eau salubre, l’assainissement, l’hygiène hydrique, de la lutte contre la pollution des masses d’eau et l’accaparement des terres les mieux dotées en eau, l’implantation forcée de barrages, sont fortes et impérieuses, les oligarchies au pouvoir s’y opposent par la violence, la corruption et les tracasseries administratives. Le plus souvent, d’ailleurs, la création d’une association dépend de l’avis conforme à priori des autorités politiques et de leur sens des affaires. Les collectifs informels ne sont pas considérés comme des interlocuteurs valables et leurs dirigeants peuvent être poursuivis, maltraités, jetés en prison voire assassinés.

Aussi, nous avons pu constater une quasi-disparition du réseau constitué en Afrique subsaharienne à l’occasion du FAME 2012 à Marseille.

La tenue à Dakar en 2021 de ce nouveau FAME pourrait aider à la revitalisation et à l’extension de ce tissu par une préparation adéquate, et un échange mondial d’expériences au bénéfice du mouvement mondial de l’eau, divers et, jusqu’à présent, en cours de construction.

Pour s’y préparer, des acteurs du FAME 2012, EBC PACA et le MNLE réseau Homme&Nature, proposent la création d’un espace européen d’organisation à Marseille, ville du FAME 2012 et de la GREMME[vii] en 2015.

Sa première tâche serait d’aider très rapidement à la constitution d’un collectif africain d’organisation à Dakar.

[i] Agence française de développement.
[ii] Banque européenne d’investissement
[iii] Banque islamique de développement
[iv] Banque mondiale
[v] Banque africaine de développement
[vi] Joint monitoring program. Le Programme commun de surveillance pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement de l’OMS et de l’UNICEF est le mécanisme officiel des Nations Unies chargé de surveiller les progrès accomplis dans la réalisation de l’ objectif de développement durable n ° 6 (ODD 6) depuis 2016.
[vii] Grande rencontre euroméditerranéenne sur l’eau

Bernard Mounier

Président EBC PACA
22, rue du Génie
13003 Marseille

0683855642
0695622136
0491624564

ba.mounier (at) laposte.net

Skype : mounier.bernard

 

 

SÉNÉGAL : la SDER gagne le contrat de gestion des eaux rurales dans 3 régions

 

L’Office des forages ruraux (Ofor) du Sénégal vient de choisir la Sénégalaise des eaux rurales (Sder), une filiale de la Sénégalaise des eaux (SDE), pour la gestion de l’eau dans les zones rurales de trois régions.

La Sénégalaise des eaux rurales (Sder), une filiale de la Sénégalaise des eaux (SDE) vient de remporter un appel d’offres pour la gestion des eaux dans les zones rurales de plusieurs régions au Sénégal : Louga, Saint-Louis et Matam. Un contrat pour les délégations de service public (DSP) a ainsi été récemment signé entre l’entreprise et l’Office des forages ruraux (Ofor), l’organisme en charge du service public de l’eau potable en zone rurale au Sénégal.

Le contrat a été signé dans la ville nouvelle, en cours de construction, de Diamniadio, en présence de Serigne Mbaye Thiam, le ministre sénégalais de l’Eau et de l’Assainissement. La Sder aura la responsabilité de gérer les eaux rurales dans les trois régions sur une période de 10 ans. «Nous ferons tout au quotidien pour que les populations des zones rurales puissent avoir une eau en quantité suffisante et de meilleure qualité, répondant aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les mêmes services offerts aux villes en matière de distribution d’eau potable seront mis à la disposition du monde rural», promet Mor Diop, le directeur général de la Sder.

Un contrat aux allures de compensation

La Sder sera aussi chargée de la gestion d’au moins 544 ouvrages répartis sur 93 communes et plus de 2 000 villages. Ces installations fournissent de l’eau à 1,5 million de personnes dans les régions de Louga, Saint-Louis et Matam.

Mais de l’avis des observateurs, cette concession accordée à une filiale de la SDE sonne comme une « compensation » après l’avoir évincée du service public de l’eau potable dans les zones urbaines et périurbaines du Sénégal au bénéfice de l’entreprise française Suez. L’attribution provisoire de ce contrat de 15 ans à Suez fait toujours l’objet de contestations de la part de la SDE, qui avait offert de vendre de l’eau aux Sénégalais vivant en ville à 286,9 francs CFA (0,44 euro) contre 298,5 francs CFA (0,45 euro) proposés par son concurrent Suez.

En juin 2019, l’Autorité de régulation des marchés, une sorte de gendarme des marchés publics au Sénégal a rejeté tous les recours de la SDE. «Déterminée à faire respecter les règles de transparence dans l’intérêt des consommateurs et des populations», la SDE a annoncé dans la foulée la saisie de la Cour suprême du Sénégal. Elle envisage même de saisir les juridictions internationales pour faire annuler l’attribution du marché de la distribution d’eau à Suez.

Jean Marie Takouleu

 

La convoitise des multinationales de l'eau, entre Marseille et Dakar L’eau est à tous

Mamadou-Mignane Diouf tapote posément sur son ordinateur, installé à l’étage du bar La Caravelle, sur le Vieux-Port de Marseille. Le coordonnateur du Forum social sénégalais est présent, ce 17 mai, à l’invitation de l’association Eau Bien Commun France, qui a souhaité réunir des journalistes pour une conférence de presse. Ces derniers sont peu nombreux, et c’est bien dommage, car ce que M. Diouf a à dire est intéressant. Il est venu dénoncer le rôle du Conseil mondial de l’eau (CME), dont le siège est situé à Marseille, dans son pays.

Le CME, quézaco ?

Créée en 1996, cette structure internationale revendique « plus de 300 organisations dans plus de 50 pays », dont 23% d’autorités gouvernementales, et 30% d’entreprises. Elle ambitionne, avec le jargon caractéristique de la technocratie, de « s’engager dans une hydro-diplomatie active à travers les prismes du savoir, des finances et de la gouvernance », et travaille à « positionner l’eau au sommet de l’agenda politique mondial ». Ce dernier objectif pourrait être louable étant donné le contexte de raréfaction des ressources et de réchauffement climatique, lequel accentue terriblement les tensions géopolitiques et aggrave la situation des populations les plus pauvres. Dommage ! Le CME est accusé par la société civile de ne promouvoir que les intérêts des géants économiques du secteur, au premier rang desquels les françaises Suez ou Veolia. Selon Bernard Mounier, référent d’Eau Bien Commun, « il tente de faire croire qu’il représente tous les acteurs de l’eau, alors qu’il ne défend que les marchands, les multinationales ». Lesquelles font partie des responsables de la pénurie d’eau -qui selon l’ONU concernera les deux tiers de la population mondiale d’ici 2030, demain !- et n’ont évidemment aucun intérêt à ce que cette ressource vitale sorte de leurs griffes. En 2008, l’ancien PDG de Nestlé Peter Brabeck considérait le postulat selon lequel tout être humain doit avoir accès à l’eau comme « extrême ». Pour lui comme pour ses pairs, elle a avant tout une valeur économique.

Bien commun ? Connais pas !

Le Sénégal doit accueillir le prochain Forum mondial de l’eau, organisé à Dakar, par le CME, en 2021. Cette manifestation intervient, d’après Mamadou-Mignane Diouf, « dans un contexte brûlant : l’affermage de l’eau qui concerne toutes les grandes villes du pays, et pour lequel un appel d’offres a été lancé ». Le mouvement altermondialiste observe avec suspicion toute la procédure, conduisant à l’attribution du marché à Suez, en octobre dernier. Bizarre en effet : la multinationale est retenue alors qu’elle aurait mis sur la table des tarifs beaucoup plus élevés que la SDE, sa concurrente, pour un service équivalent, avec des coûts d’adduction (raccordement des foyers au réseau de distribution) conséquents et donc une eau payée plus cher par les sept millions d’usagers… Plusieurs médias dont le Canard Enchaîné relèvent des dons curieux en amont : Suez a notamment offert des camions-bennes à la ville de Saint-Louis, l’une des plus grandes du Sénégal. Son maire, Mansour Faye, beau-frère de l’actuel président du pays, et son ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, lui accordait quelques mois plus tard ce marché estimé par nos confrères à 130 millions d’euros annuels pendant 15 ans.

Un forum alternatif sera évidemment organisé à Dakar, pour démontrer que d’autres solutions existent, et que les sentinelles citoyennes sont vigilantes. En attendant, elles observent que le gouvernement sénégalais va verser 4 millions d’euros pour l’organisation du Forum mondial de l’eau. « Soit l’équivalent de combien de forages, raccordements au réseau, abonnement sociaux ? » s’étouffe M. Diouf.

Et à Marseille ?

À Marseille où les élections municipales de 2020 se préparent, l’un des objectifs d’Eau Bien Commun est d’obtenir la suppression des subventions accordées par les collectivités locales au CME. Bernard Mounier estime à 740 000 € par an les aides reçues par la structure, dont 300 000 € par la Ville*. « Il est scandaleux qu’elle encaisse autant alors qu’elle promeut des multinationales véreuses ». Et de citer les péripéties survenues en 2013 lors du renouvellement du service de l’eau : « Veolia n’était pas représentative du mieux-disant, mais c’est elle qui a été retenue… Martine Vassal, ancienne trésorière du CME, soupçonnée, ainsi que Loïc Fauchon, son actuel président, de favoritisme dans l’attribution du marché, a été mise en garde à vue et perquisitionnée ».

L’homme s’insurge contre la volonté des pays occidentaux d’exporter en Afrique leur modèle de Délégation de Service Public, sans prendre en compte les besoins des populations qui manquent d’eau potable. « Il faut que les citoyens soient à la manœuvre, avec un service public démocratique, de proximité, l’inverse du modèle des multinationales ! » Et de marteler : « Suez est la plus corrompue et la plus corrompante dans le secteur de l’eau et l’électricité. Nous faisons face à un monstre. » Sa collègue Christine Juste, membre également d’Eau Bien Commun, renchérit : « Si Suez a mis le pied au Sénégal, c’est pour ensuite s’intéresser au Bénin, à la Côte d’Ivoire… ».

Afin d’agir depuis la France, ils lancent une procédure pour soupçon de corruption auprès du Parquet National Financier, et ont pris contact avec l’Office anti-fraude à Bruxelles.

GAËLLE CLOAREC
Juin 2019

L’Observatoire des multinationales relève quant à lui une subvention annuelle de 440 000 € allouée par la municipalité assortie de mise à disposition de locaux et de fonctionnaires (source : multinationales.org/A-Marseille-le-lobby-mondial-de-l-eau-imagine-par-Veolia-sous-pression)

Photo : Eau courante au Sénégal -CC0

 

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